• Dans le torrent de mon enfance m'en allant promener

     

    Dans le torrent de mon enfance 

    M'en allant promener 

     

     

     

     

     

    Dans le torrent de mon enfance m'en allant promener

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      Mi figue , mi raisin 

     

    Par une délicieuse nuit de printemps où tout le monde se la coulait douce, moi, de mon pseudo Chloé me débattais en vain dans le liquide amniotique de ma mère cherchant désespérément la sortie. Je vis donc précipitamment le jour, par l’issue de secours, le 9 mai, à 3 heures quarante cinq pour être précise. A mon arrivée, mon père en chaussons, réveillé à une heure indélicate de la nuit me jeta un regard désappointé en laissant échapper avec une grande spontanéité un « bordel de merde, encore une fille !

    D’un point de vue psychanalytique, le bébé au regard de Dolto étant à présent une personne et comprenant tout, mon histoire vous l’imaginez bien démarrait au plus mal ! Prédestinée alors dès le berceau à développer au mieux une bonne névrose mais ne pouvant revenir à la case départ, je pris le parti de rester. Certains naissent dans les choux, d’autres dans les roses, moi j’émergeais en eau trouble!

    Bien que mon anatomie affichait le contraire je fus pour mon père, jusqu’à la fameuse "mue des homards" ce garçon quelque peu manqué, qu’il convoitait tant ! Maman, solidarité féminine émergeant, fût au contraire ravie de cette nouvelle alliance en devenir, ce qui me compliqua ostensiblement la tâche. D’une nature plutôt conciliante et ne voulant éveiller l’irritabilité ni de l’un ni de l’autre, je fis donc avec ces ingrédients, au grand désespoir de Yéyé ma sœur qui en perdait son latin, un savant mélange dont je suis seule à connaître le secret! Dans cet amalgame succulent mais combien délictueux j’étais, moi qui ne savais pourtant pas nager, comme un poisson dans l’eau !

    Avec brio, je passais de mes jupes plissées à petits carreaux blancs et noirs au short rose assorti à mes bottes de plage, troquant dans une légèreté absolue le missel du dimanche contre la vieille bécane, rouillée et bien trop grande pour moi, de mon père.

    Du haut de mes quelques centimètres, bien loin encore de toutes ces hautes considérations intello- psychanalytiques, j’évoluais gaiement dans cette joyeuse mixture et je m’y retrouvais ! Pas de conflits intérieurs, même pas l’ombre d’un questionnement, tout s’harmonisait sans aucun effort de ma part.

    Les choses se compliquèrent sensiblement à l’âge, où sensée quitter les modèles familiaux pour devenir MOI, ne me restaient plus que mes épices très personnelles, colorées certes mais peu consistantes ! S’en suivit vous l’avez deviné ma première crise existentielle. Tout étant en chantier, Je dois reconnaître que celle-ci dura plus longtemps que prévu et perdura quelque peu dans le temps.

    Alors qui suis-je ; où vais-je ; sur quel étage j’erre, vous demandez vous? Bien qu’aujourd’hui cette rétrospective a pu m’apporter quelques éléments de réponses, je dois reconnaître que l’énigme n’est pas totalement résolue.

    Mes crises existentielles successives ayant momentanément faits une pause, je pense cependant pouvoir vous dire de façon assumée, que je suis ce mélange contradictoire et détonnant de ces deux être chers qui sans le savoir ne s’accommodaient pas si mal ! N’en suis-je pas la preuve lol. Le tout bien évidemment est agrémenté d’aromates très relevés et hauts en saveur qui donnent à ce que je suis une texture et coloration assez particulières mi poivre et sel, mi figue- mi- raisin. Un panaché souvent détonnant, je vous l’accorde quand le raisonnement, la passion, les ressentis se heurtent, se mêlent puis s’entremêlent montrant de moi selon les courants et la force du vent, ce que j’ai sans doute de meilleur mais aussi de plus insupportable !

    Mon père m’a laissé en héritage sa petite taille -1m56 et 46 kilos ; son nez légèrement en pointe, son caractère bien trempé et son versant parfois taciturne et solitaire ! Ma mère indéniablement le côté sœur Theresa ou abbé Pierre, sans les accessoires ! Alors me direz- vous, qu’est ce qui t’appartient vraiment dans tout ça ? Les épices bien sûr, auxquels se rajoutent mon sens de l’humour et de la dérision, ma fantaisie ou grain de folie, mon énergie, ma créativité …

    Pour mes collègues et amis qui m’appellent gentiment « l’électron libre » je suis une sorte d’atome chargé d’ions positifs et négatifs qui se déplace de façon incontrôlable dans la stratosphère, en bravant toutes les intempéries.

    Pour mes supérieurs hiérarchiques nettement moins poétiques et conciliants, j’ai été sans aucun doute une « emmerdeuse, une empêcheuse de tourner en rond » ce qui ma valu régulièrement quelques retours de bâton et de manivelle.

    Pour mes minots et leurs petits, une mère et mamé poule quelque peu envahissante, génitrice de futurs Tanguy en puissance !

    Pour ce qui est de mon mari tout simplement « une tendre chieuse » et je dois dire que l’image me plait assez !

    Je crois que je suis surtout une grande enfant de 62 ans qui n’a pas tout a fait fini sa croissance. (Rires).

     

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    Le temps des couches culottes

    Dans le torrent de mon enfance m'en allant promener

     Dans  la période «  emmaillotage », saucissonnée comme une andouille sans pouvoir prendre mon pied,  j’imagine me connaissant,  que je dressais déjà des plans sur la commette,  histoire de rompre la routine ! Une fois  libérée de mes langes, dans mes premiers balbutiements,  ne me restait donc plus qu’à rattraper le retard pris ayant déjà  en tête une multitude de projets ! Bien que je ne garde de cette époque que les images un peu  floues  d’un pan de mur de bois , des rubans bleus flottant dans les cheveux  de ma sœur Yéyé, de la barboteuse de mon cousin J.P  et  d’un vieux pépé Guilchet se penchant sans doute sur mon berceau , aux  dires de maman ce premier marathon fût un succès : ma courbe de poids était bonne , mon QI normal, jamais malade , toujours contente et mis à part que je suçais mon pouce et risquais d'avoir les dents en avant, tout allait pour le mieux, dans le meilleurs du monde. 

    En grandissant ma vie de bébé allait bon train et je  savourais avec gourmandise les ballades du dimanche en famille ravie de retrouver pour l’occasion  mes cousins et cousines, mon oncle Pierrot et ma tante Jeannette, Robert et  Germain les amis de la famille... Dans cette joyeuse cacophonie des couches culottes, sillonnant tantôt les rues du Faouët, les Halles,  les allées de boules,  tantôt la rivière de L’Ellé  allant du   grand pont jusqu’à Ste Barbe , la vie était douce et tranquille.

    Chaque équipée était ensuite couronnée d'un goûter fastueux chez nos grands parents paternels. Joliment dressés sur la grande table, nous attendaient  les crêpes, le pain sucré et  les succulentes  crème à la vanille, dont grand-mère  seule avait le secret ! Servie dans de magnifiques  coupelles  japonaises en porcelaine, dans un silence presque cérémonial où  l’on ne percevait plus que le bruit régulier de nos  cuillères, nous n’étions plus que des petits  ventres sur pattes dégustant gloutonnement une œuvre d’art  A peine emplis de toute ces béatitudes, flottait déjà dans l'air pour le repas du soir,  l'odeur des petites pommes de terre dorées frémissant délicatement dans le grand chaudron noir posé sur le fourneau! 

        Pendant que les grands conversaient autour du café,  grand-père occupait  la marmaille, nous faisant tour à tour sauter sur ses genoux. Dans la bonne humeur constante qui était toujours la sienne, il nous racontait inlassablement sans jamais se tarir, l'histoire gravée dans mon souvenir  de « Marie trempe ton pain dans la soupe » Comme à son habitude, mémé ronchonnait toute seule dans son coin. 

    L'insouciance de la jeunesse à laquelle se rajoutait nos babillages,  mettaient  sans doute à mal  son organisation millimétrée, ce qui avait le don de l'agacer! La table débarrassée, commençait  pour les adultes les incontournables  partie de belote et pour nous le début des festivités!

     En quête de nos premières  croisades, sous la surveillance de ma soeur yéyé et de mon cousin Patrick, la tribu au complet   des " indiana Jones" en couches culottes pouvait enfin se mettre à pied d'œuvre et  se lancer avec excitation et fébrilité, dans l'exploration de la cave sombre et peu rassurante, de la vieille écurie et du  jardin interdit mais tellement attrayant  du voisin d'à côté.

        La semaine, je présume devait être plus calme. Papa allait à son travail, yéyé à l’école et moi j’avais ma maman à moi toute seule ! Avec ses cheveux mi longs, légèrement rehaussés d’un peigne de chaque côté, toujours aimante, attentive et à nos petits soins,  j’imagine qu’elle me chantait sûrement de sa voix douce et mélodieuse, le rêve bleu ou ma petite fille adorée ou peut être les yeux de maman sont des étoiles, airs si  chers  à mon enfance et que j’ai  moi même fredonnés ensuite à mes enfants et petits enfants.  

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    Mon patronage

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    Dans ma troisième année ,au début de l’été, mes parents quittèrent  la rue du château pour s’installer au patronage. Du haut d’à peine quelques  printemps,  je découvris façon Pagnol  ce lieu pharaonique qui allait être pour le restant de mes jours l’écrin précieux de mon enfance.

     L’appartement était gigantesque, tout en plancher et bien qu’il n’était pas de première jeunesse,  il m’allait à ravir.  Perchée sur mon piédestal au sommet de ma tour d’ivoire de deux étages, je  trottais allègrement d’une fenêtre à l’autre, regardant tour à tour avec admiration, côté pile, la vue imprenable que nous avions sur Sainte Barbe, côté  face, la cour, à demi couverte d’un  grand préau dans lequel s’encastrait, par je ne sais qu’elle magie , un magnifique tilleul en fleurs.

    Ce ne fût pas ma seule surprise !   Le patronage, ancienne école privée réhabilitée en appartements, était aussi  un mini  « Disney Word » avant- gardiste,  avec ciné incorporé  et de multiples animations. Chaque jeudi et les jours de vacances, se retrouvaient pour une véritable  «   guerre des boutons »  tous les gamins du coin, ce qui était loin de me déplaire.

    Dès le premier soir, je m’endormis avec ravissement, ballottée par le son d’une fanfare.  Les murs et  le plancher se mirent au diapason m’emportant  en quelques  vibrations,  dans les bras de Morphée,  ce qui dès le berceau, me donna la fibre musicale. L’ambiance s’annonçait festive et prometteuse !

     Le  comble du bonheur, fût sans doute de découvrir que je partageais aussi  cette grande bâtisse avec d’autres colocataires en couches culottes !    

     Je fis la connaissance  d’Henry mon voisin du  dessous et yéyé celle de sa sœur Claudine. Après les préliminaires usuels de lèche bébé, Henry et moi devinrent vite inséparables, s’unissant dès le premier clin d’œil, pour le meilleur et pour le pire. Les filles s’adonnèrent sans plus attendre  à leurs jeux de poupée tandis que nous,  jetâmes   notre dévolu sur une vieille diligence, somnolant dans un coin du préau.

     Dans ce curieux carrosse, tout de noir vêtu et orné de dorures, nous installèrent notre QG, intrigués de le voir de temps à autre disparaître à  l’arrière train d’un énorme cheval. Des heures durant, nous restions là à jouer et à voyager au gré du temps et de nos fantaisies, tantôt rois, tantôt bandits des grands chemins….                                                

      Bernard, dit « Manard »  mon colocataire de gauche, dernier né de la grande maisonnée,  finit par nous rejoindre. Jeannine son aînée, s’allia au clan des jupettes.  Le nouveau kami case, dès son arrivée, nous réduisit  sérieusement l’espace ! Le pire, était à craindre et ne tarda pas à venir !  Doté  d’une maladresse digne d’apparaître dans le livre des records, notre bad boy  en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, dépouilla notre quartier général  de  toutes ses richesses et  franges dorées. Le KGB des mini  dentelles fit implacablement  son rapport aux  autorités supérieures, ce qui nous valûmes illico presto quelques avoinées ! La sanction fût  hélas sans appel  et  notre Cadillac, sous les feux d’une interdiction,  momentanément  déclassé! 

    L’année suivante, Henry déménagea, quittant  à mon grand désespoir définitivement le Patro  et j’eus mon premier bleu au cœur ! Peu de temps après notre roll  Royce  disparut  définitivement à son tour sans que  nous ne sachions ni  comment, ni pourquoi ! L’énigme ne fut  résolue que bien des années plus tard, quand nous  comprîmes que notre hippomobile qui était en fait un corbillard, avait tout simplement lui aussi fini ses jours.

    L’épreuve du pot  fût réussie  et  s’acheva alors à jamais le temps des couches culottes !

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    Sur le chemin des écoliers

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          Dès que je mis le pied à l’étrier,  je sus que l’école ne serait pas ma priorité ! Faut dire que sœur Ficelle, c’est ainsi que je l’appelais,  était rêche et peu avenante et ne m’aida  pas vraiment à m’engager dans cette voie.

          Peu enclin à rester sur ma chaise toute la sainte journée, je fis dès le départ l’inventaire des placards à balais, des toiles d’araignées dans les quatre coins de la classe, de la cour et même celui de l’office de la mère supérieure. Mon esprit aventurier, voulant faire le tour de la question, m’amena dans la foulée à expérimenter le test du « torchon mouillé » ce qui instamment me chauffa le fessier et tempéra quelque peu mes ardeurs. L’épreuve du bizutage passée, n’ayant d’autre alternative que de continuer l’aventure, je pris la décision de me la jouer  plus stratégique.

       Cette fois bien calée sur mon siège mais la pensée toujours galopante, tel un caméléon accroché à sa  branche, je me  fondis dans la couleur locale et l’égo de sœur Ficelle en fut satisfait .Le temps de gestation  promettait d’être long et mieux valait, dès à présent ménager sa monture !

         De nature positive, je pris le bon côté des choses, ciblant surtout  les récrés que j’affectionnais plus particulièrement.  Les notes ne démontant pas encore l’assiduité de mon travail,  je pus sans trop de difficultés laisser libre cours à mon imagination, atterrissant   avec subtilité  sur le plancher  des vaches, quand la situation devenait délicate ! Sœur Ficelle à mon grand soulagement n’y vit que du feu !

          L’année suivante l’arrivée d’Olivier, un petit frère tombé miraculeusement du ciel ,  ramena « sœur sourire » à ses premiers amours, ce qui me sortit instamment de toutes mes rêveries ! Comme moi il fit à son tour le parcours initiatique complet et face à la foudre de notre sainteté, défendit ses  arrières avec vivacité ! Le bougre et j’en fus pas peu fière, donna à la Ficelle bien du fil à retordre ! Il mordait comme un lion, ruait comme un cheval, chargeait comme un taureau et meuglait comme un veau qu’on mène à l’abattoir !

      Olivier me réconcilia un temps soit peu avec l’école, devenue pour moi  tout d’un coup  nettement plus attrayante ! Cette année là, nous furent sans contestation, les rois du bac à sable !

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    Un olivier tombé du ciel 

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        Je ne sus pas vraiment à l’époque, pourquoi un beau matin olivier débarqua à  la maison, la valise à la main ! Papa voulait un garçon, Yéyé un petit frère et j’imaginais donc qu’ils avaient du se le procurer quelque part, sans accorder beaucoup d’importance quant à sa provenance.

       Je ne suis pas certaine non plus  que son arrivée  m’enchanta sur le coup ! N’étais je pas le garçon, certes un peu manqué, que mon père avait toujours  souhaité, alors pourquoi donc s’en était-il  allé chercher un autre !

       Habillé un peu kitch, les cheveux à la brosse, le visage barbouillé de mercurochrome,  Olivier  ressemblait à Doupic, un petit hérisson craintif, bien mal en point, que j’avais un jour récupéré  sur le bord de route.  Comme mon porc épic, dès que je l’approchais, il  se  mettait en boule, sortant   là ses aiguilles,  prêt à me  transpercer.  Je me doutais qu’il allait lui aussi devenir le  plus doux, le plus tendre de tous  les petits frères de la planète terre.

        Son esprit rebelle dû je suppose venir rapidement à bout de mes résistances  et très vite nous devinrent inséparables, complices et surtout  solidaires dans l’adversité.

       Régulièrement une dame Bourrel,  tout de noir vêtue,  les cheveux  poivre et sel  venait à la maison, pour prendre disait elle  de ses nouvelles puis un jour,  sans que je comprenne pourquoi , elle embarqua mon petit frère.

       Je ne saurais pas dire, là  non plus,  combien de temps Olivier  resta chez nous ! Deux ans, peut être  trois ! Ce dont je suis sûre en revanche, c’est qu’il  m’avait  fondre comme neige au soleil tant nous étions devenus proches !

       Son départ eut l’effet d’une secousse sismique qu’on n’a pas vu venir et  qui  vous laisse à terre,  interrogatif et les quatre fers en l’air !  Cet après midi là le tremblement de terre fut si puissant  que nous dûment nous cachés tous deux dans le grenier,  espérant ne pas être emportés par les vents violents qui tout d’un coup s’étaient levés !

        Papa rentra dans une colère folle  en découvrant que son p’tit gars s’en était allé. Maman et yéyé, rapatriées dans la cuisine, n’en finissaient pas de pleurer.

      Quant à moi, toutes les pommades apaisantes que l’on me mit ce jour là  ne purent jamais résorber cet énorme 2ème bleu au cœur que je m’étais fait en tombant ! 

    A suivre..... 

     

     

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    Chloé

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